Manager ça s'apprend !

Manager ça s'apprend !

La littérature au secours du monde économique (AGEFI ACTIFS 22/01/2010

Un article qui m'a bien plu, bravo Mr maire du Poset!

 

Nombreux furent ces derniers mois les commentaires peu élogieux fustigeant certains  comportements irresponsables de dirigeants, à commencer par ceux de la banque et de l’assurance rendus en partie responsables de la crise

Tous ces excès ont pourtant été disséqués par les grands auteurs et il faut souhaiter à l’aube de cette nouvelle décennie que les décideurs, chefs d’entreprise, cadres, redécouvrent toutes les subtilités des relations humaines  contenues dans leurs œuvres.

Une scène des Trois Mousquetaires : d’Artagnan demande une faveur à Monsieur de Tréville, Capitaine des Mousquetaires du Roi. Il s’agit d’aller chercher en Angleterre, en urgence et dans le secret le plus absolu, les ferrets que la Reine a confiés à son amant. Monsieur de Tréville questionne d’Artagnan. Celui-ci, dans sa jeunesse et son empressement, s’apprête à vendre la mèche et trahir ainsi celle qui lui a confié ce secret… Monsieur de Tréville, flairant la fragilité de d’Artagnan :

- « Ce secret est-il à vous ?

- Non, Monsieur, c’est celui de la Reine.

- Etes-vous autorisé par Sa Majesté à me le confier ?

- Non, Monsieur, car au contraire le plus profond mystère m’est recommandé.

-          ….

- Gardez votre secret, jeune homme et dites-moi ce que vous désirez. »

Dans ces quelques lignes, une formidable leçon de vie est donnée : si un secret ne vous appartient pas, vous avez le devoir de ne jamais le livrer. Quand on a lu Les Trois Mousquetaires, on connaît cette règle précieuse sur la confidentialité que l’on met parfois bien du temps à comprendre si l’on n’a pas eu la chance de bénéficier d’un tel bon exemple. On saura donc l’appliquer très vite dans l’entreprise comme d’ailleurs dans la vie personnelle. 

Le livre forme aux relations humaines. C’est l’immense privilège de la littérature, outre le divertissement qu’elle procure, d’offrir sur un plateau d’argent de telles leçons. Sur tous les thèmes essentiels de la vie, elle foisonne des meilleurs ingrédients : pour se construire, pour comprendre le monde et rencontrer les autres. Le lecteur y trouvera les bons exemples qui sauront le guider comme d’ailleurs les mauvais dont il saura se défier. Avec un temps d’avance sur les autres, il entrera dans la compréhension de « ces relations humaines brumeuses, approximatives, crépusculaires, indéterminées, mêlées de fureurs impondérables : la confiance, l’espérance, le cœur… pour lesquelles il faut avoir la manière… » (Vladimir Jankélévitch) ». C’est avec de tels exemples initiatiques que nous comprenons combien la maîtrise des relations humaines est « le » vecteur de la réussite. Des relations humaines sur lesquelles nous sommes malheureusement de moins en moins formés. L’école n’a-t-elle pas déserté ce qui fait l’essentiel de la littérature : l’histoire avec ses personnages et leurs relations, au seul profit de l’étude de la structure du récit ?

Mais revenons dans l’entreprise où un fait d’évidence a manifestement été oublié ce que nous produisons dans le travail, quels que soient le niveau, la fonction ou le secteur, est toujours le savant mélange de la technique et du relationnel ; ou bien encore de ce que l’on appelle « savoir-faire » et « savoir-être ». Par exemple, ce qui fait la force du lien que j’ai avec mon client ne vient pas seulement des bons conseils techniques ou des savants produits que je peux lui proposer mais aussi et surtout des solides relations que j’ai su construire avec lui au fil du temps. Négligez l’un ou l’autre de ces éléments et un déséquilibre se produira qui mettra aussitôt en péril votre performance !

Le livre, une grande école de management. Déséquilibre ? On dit que l’entreprise se déshumanise, que nous vivons dans un monde où l’absolu de la technique et du chiffre a pris le pas sur tout, que la vitesse de la modernité et son « zapping » nous rendent ivres - nos enfants aussi - et nous éloignent subrepticement des vraies réalités ; que nous sommes en recul sur la notion d’approfondissement des connaissances : on ne réfléchit plus assez, surtout au long terme, c’est-à-dire à notre avenir. On dit qu’il y a péril en la demeure de l’entreprise sur le sujet de la relation entre les équipes, entre les générations - comme dans la société d’ailleurs ; qu’il y a menace également dans certains secteurs avec les clients qui, de plus en plus, sont considérés non pas comme ceux que l’on doit servir mais comme des vaches à lait … On dit tant de choses sur la folie des Hommes dans les affaires que l’on peut se demander s’il n’est pas temps d’y réintroduire un peu d’humanité et de raison afin de contrarier tous leurs excès et ainsi combler ce « manque comportemental ». Humanité et raison dont le côtoiement de la littérature facilite grandement l’accès. Car c’est là le rôle principal de la littérature : instruire les Hommes de toutes les réalités de notre monde ; un monde humain, faut-il le rappeler… ?

L’entreprise a plus que jamais besoin de littéraires. Quelques exemples d’apprentissages utiles en guise de saines tentations de lecture : vous voulez apprendre à activer votre réseau ? Un sujet très à la mode et qui en dit long sur la pauvreté de nos relations humaines en ces temps modernes. Voyez dans Le Père Goriot* comment Rastignac s’y prend, et avec quelle habilité, pour pénétrer le tout Paris de l’époque, avec pourtant de bien pauvres moyens. Vous ne savez pas comment faire pour « remonter les bretelles » d’un collaborateur ? Lisez la Confusion des Sentiments* et vous découvrirez comment un père, déçu par son fils dépravé, sait de main de maître le re-mobiliser sur son avenir. Vous ne savez pas comment faire passer un message difficile à quelqu’un tout en cherchant à vous en faire un allié ? Lisez donc La princesse de Clèves*, vous comprendrez comment, de manière si subtile, le Duc de Nemours s’y prend avec Madame de Clèves pour, à la fois, lui avouer sa faute, qu’elle connaît, et s’en remettre à son jugement et à sa liberté sur les conséquences de son acte.

Avec de tels exemples formateurs, l’entreprise a en effet beaucoup à gagner : sur les thèmes du savoir-vivre, de l’empathie, de la morale individuelle et de l’honnêteté, sur celui de l’art de manager et d’exercer son pouvoir de manière responsable ; sur la beauté du travail bien fait, sur le contrôle de soi… Pas un seul de ces domaines qui ne soit largement traité par la littérature ! Grâce à quoi, un bon lecteur sera mieux armé dans l’entreprise. Il aura en effet rencontré tant de personnages, tant de situations humaines complexes qu’il saura par expérience comment faire si la vie les lui fait rencontrer ou si des circonstances semblables se présentent. Ne nous y trompons pas, en refaisant une vraie place à la littérature, partout où on le peut, c’est aussi d’efficacité économique dont il s’agit !

Yves Maire du Poset

* Le Père Goriot de Honoré de Balzac, La Confusion des Sentiments de Stefan Zweig, La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette



21/01/2010
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